Au printemps 2024, j’ai vu de loin un frelon sortir de mon sac à pinces à linge. C’est un sac Brabantia accroché à l’étendage, qui se ferme en serrant une cordelette : même fermé, il reste toujours un petit trou. Un frelon asiatique s’était glissé dedans et avait commencé son nid.

Il était vraiment petit, rond, brun, de la taille d’une balle de ping-pong. Minuscule quand on sait la taille que ça peut atteindre. Le frelon n’était pas là quand je l’ai trouvé. J’ai jeté le nid, et je ne sais pas si la reine est revenue. Depuis, je ne ferme plus le sac, et je n’ai plus rien eu. J’en vois encore de temps en temps autour de la maison, mais peu.

Ce que j’avais trouvé, c’est un nid primaire. Comprendre la différence avec le nid secondaire, celui qu’on repère dans les arbres à l’automne, change complètement ce qu’il faut faire.

Deux nids la même année
Le cycle du frelon asiatique, tel que le décrit le Muséum national d’histoire naturelle, se déroule en deux temps.
Au printemps, le nid primaire. À partir de mars, chaque reine qui a passé l’hiver seule commence un nid et pond. Ce premier nid a la taille d’une orange au plus, avec une douzaine de cellules entourées d’une fine enveloppe de papier. Il est installé dans un endroit abrité : sous un avant-toit, dans un abri, une ruche vide… ou un sac à pinces à linge. Les premières ouvrières sortent en mai.

En été, le nid secondaire. Quand le premier nid est trop bas ou trop à l’étroit, la colonie déménage. C’est le cas de 70 % d’entre elles, dans le courant du mois d’août. Les ouvrières construisent alors un nouveau nid, le plus souvent à plus de 10 mètres de haut dans un arbre. C’est lui qui devient énorme : un gros nid abrite près de 2 000 ouvrières.
Au printemps, regardez les recoins abrités. Entre mars et mai, un nid primaire se voit mal mais se gère encore facilement : une seule reine, un nid de quelques centimètres. Les endroits à vérifier sont ceux qui sont fermés sans l’être tout à fait, comme mon sac à pinces. La parade la plus simple, dans mon cas, a été de laisser le sac ouvert.
Pourquoi on les découvre à l’automne
Les nids secondaires atteignent leur taille maximale au début de l’automne. Quand les feuilles tombent en octobre et novembre, ils apparaissent d’un coup dans les arbres, alors qu’ils étaient là tout l’été.
C’est aussi le moment où la colonie produit les futures reines : au moins 500 par gros nid, sans doute plus de 1 000 selon le Muséum. Elles s’accouplent, quittent le nid et passent l’hiver seules ou par deux ou trois, dans la litière ou dans du bois pourri. La vieille reine meurt, le reste de la colonie dépérit pendant l’hiver, et le nid n’est jamais réutilisé.
Conséquence pratique : un nid repéré en plein hiver, une fois vide, n’a plus d’intérêt à être détruit. Le Muséum recommande d’intervenir de juin jusqu’à la fin de l’activité des frelons (en général novembre), en précisant que l’efficacité baisse nettement après septembre.
Vous trouvez un nid : que faire (et ne pas faire)
Un petit nid primaire au printemps. Le Muséum décrit une méthode sans insecticide : à la tombée de la nuit ou au lever du jour, quand les frelons sont à l’intérieur, boucher l’entrée avec du coton, mettre le nid dans un sac et le congeler. Dans mon cas, le frelon n’était pas là quand j’ai trouvé le nid, et je l’ai simplement jeté.
Un nid secondaire, gros, en hauteur ou actif. Là, on ne s’en occupe pas soi-même. Une colonie dérangée peut attaquer en nombre, et la destruction se fait par un professionnel équipé d’une combinaison spéciale, en général avec une perche télescopique et un insecticide injecté dans le nid. Pas de jet d’eau, pas de pierre, pas de feu.
Signaler. La loi du 14 mars 2025 a créé un plan national de lutte contre le frelon asiatique, décliné par département. Dans les Bouches-du-Rhône, le plan départemental associe le groupement apicole (GDSA 13) et la FREDON PACA, et prévoit une aide financière pour les particuliers qui font détruire un nid. Le premier réflexe est d’appeler sa mairie : elle sait qui intervient et si une aide existe. La loi n’oblige ni l’État ni les communes à payer la destruction d’un nid sur un terrain privé.
Faut-il poser des pièges au printemps ?
C’est la question qui revient le plus, et les avis divergent. Le Muséum déconseille le piégeage de printemps en dehors d’un cadre scientifique : son efficacité n’est pas démontrée, et les pièges les plus courants (bouteilles, cloches) capturent en moyenne 96 à 99 % d’autres insectes. Il y a aussi un effet de compétition : au printemps, les reines se battent entre elles pour les emplacements, et en supprimer quelques-unes laisse surtout la place aux autres.
Le Muséum ne recommande le piégeage que près des ruchers attaqués, avec des pièges sélectifs. De leur côté, certaines communes des Bouches-du-Rhône installent des pièges dans le cadre du plan départemental, de février à mai puis en octobre et novembre.
Chez moi, je n’ai pas de piège. La seule chose que j’ai changée, c’est ce sac que je laisse ouvert.
Le frelon asiatique n’est pas le seul hyménoptère qui s’installe dans les recoins du jardin. J’en parle aussi dans mon article sur la guêpe maçonne et les nids de guêpes.
→ Faune du jardin dans le Sud : geckos, cigales, guêpes et chauves-souris, vivre avec plutôt que lutterSources : Muséum national d’histoire naturelle, biologie et lutte contre le frelon asiatique ; loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 ; Département des Bouches-du-Rhône, plan de lutte contre les frelons.