À Auriol, il gèle quelques nuits par an. Le plus froid que j’ai vu, c’est −6 °C. Pas de quoi transformer le jardin en champ de bataille, mais assez pour abîmer ce qui n’est pas fait pour ça.
Chez moi, il ne couvre que deux plantes : mon citronnier et un vieux cactus, un Parodia magnifica. Tout le reste passe l’hiver sans rien, et ce qui craint vraiment le froid, je le rentre. Je raconte ici comment je fais, l’erreur qui a abîmé mon citronnier, et ce que j’ai appris en me renseignant, parce que je ne suis pas sûr de bien faire avec lui.

Dans le Sud, la plupart des plantes du jardin n’en ont pas besoin
Je ne protège ni mes oliviers, ni les lauriers, ni les aromatiques (thym, romarin, sauge). Ce sont des plantes d’ici, et quelques nuits à −3 ou −4 °C ne leur font rien. Mes deux vieux oliviers d’environ 40 ans en ont vu d’autres. Pour eux, l’hiver se prépare autrement, je l’explique dans l’entretien de l’olivier.
Avant d’acheter du voile, il faut donc se poser une question simple : la plante vient-elle d’un climat où il gèle ? Si oui, elle n’en a probablement pas besoin dans le Sud. Les plantes de la liste des plantes résistantes à la sécheresse passent presque toutes l’hiver dehors sans protection. Le voile est utile pour les exceptions : les agrumes, certains cactus et succulentes, les jeunes plants pas encore installés, et les fleurs précoces des fruitiers (j’en parle pour le cerisier, dont les fleurs gèlent dès −2 °C en avril).
Mon citronnier, ou l’hiver où je l’ai oublié
Ce citronnier, je l’ai gardé cinq ans en pot dans ma maison d’Allauch. Il a déménagé avec nous à Auriol, et je voulais enfin le mettre en pleine terre.
Sauf qu’on a emménagé fin janvier 2023. Entre les cartons et tout le reste, je l’ai laissé dans son pot jusqu’au printemps, sans soin particulier. Il n’a pas apprécié le gel. En pot, les racines n’ont que quelques centimètres de terre autour d’elles : elles gèlent bien plus vite que celles d’un arbre en pleine terre.
Je l’ai planté au printemps 2023. Depuis, il a beaucoup de mal à repartir.
Faut-il laisser le voile d’hivernage tout l’hiver ?
Aujourd’hui, mon citronnier passe l’hiver sous un voile. Je le pose en novembre et je ne le touche plus jusqu’à fin mars. Et chaque printemps, quand je l’enlève, beaucoup de feuilles sont jaunies, certaines brunes. Je ne sais pas si le voile aide ou s’il aggrave les choses.
Je me suis donc renseigné. Je n’ai pas encore testé ce qui suit, c’est ce que disent les sources.
Ce que les sources recommandent
- Aérer les belles journées. Les fiches d’hivernage du citronnier conseillent de retirer la protection quand il fait beau, pour que l’arbre respire et qu’on puisse vérifier son état. Un voile laissé trois ou quatre mois sans interruption garde l’humidité et prive le feuillage d’une partie de la lumière.
- Ne pas laisser le voile coller au feuillage. Là où le voile touche les feuilles, la condensation gèle et le froid passe. Un cadre de quelques tuteurs autour de l’arbre suffit à l’écarter.
- Pailler le pied. Une bonne couche de paillis protège les racines, ce que le voile ne fait pas.
- Arroser très peu. Une fois par mois au plus pour un citronnier en pot, le matin d’une journée douce. En pleine terre, la pluie suffit en général, et un sol détrempé et froid abîme les racines.
Pourquoi les feuilles jaunissent
Les sources citent plusieurs causes, qui peuvent se cumuler : le froid lui-même (une feuille touchée jaunit puis tombe), un sol trop humide, et la chlorose, une carence en fer fréquente sur les sols calcaires. Ma terre est argilo-calcaire. Je soupçonne un mélange des trois, plus les séquelles de l’hiver 2023.
Cet hiver, je vais essayer d’aérer mon citronnier les jours doux et de veiller à ce que le voile ne touche pas les feuilles. Je dirai ici au printemps si ça change quelque chose.
Le Parodia, un cactus qui compte
Mon deuxième protégé est un Parodia magnifica, un cactus en boule, côtelé, d’un vert bleuté. Je ne connais pas son âge. Il appartenait à la mère d’amis de mes parents. Quand elle est décédée, ses enfants n’avaient pas la place de le prendre, mais ils savaient qu’il comptait beaucoup pour elle. Je l’ai accueilli avec plaisir dans mon jardin.

Il vit dans un pot, d’ailleurs très petit pour sa taille. L’hiver, je le protège du froid avec un voile, mais pas de la pluie.
En lisant les fiches sur cette espèce, j’ai compris que je ne faisais que la moitié du travail. Le Parodia magnifica supporte un froid ponctuel (certaines fiches parlent de −7 °C), à une condition : que sa terre reste sèche. Les cultivateurs le laissent sans eau d’octobre à début mars. Le froid humide fait pourrir les racines, bien plus sûrement que le gel seul. Un voile laisse passer la pluie. Le mettre sous un avant-toit, ou le rentrer dans un endroit clair et frais, le protégerait mieux.
Quel voile d’hivernage choisir ?
Les voiles se vendent par grammage, noté P17, P30, etc. Le chiffre correspond au poids du tissu en grammes par mètre carré. Plus il est lourd, plus il isole, et moins il laisse passer la lumière.
| Voile | Grammage | Degrés gagnés (environ) | Pour quoi |
|---|---|---|---|
| P17 | 17 g/m² | 2 °C | Voile de forçage : protéger un semis ou des fleurs les nuits fraîches du printemps |
| P30 | 30 g/m² | 3 à 4 °C | Voile d’hivernage : agrumes, cactus, plantes frileuses pour tout l’hiver |
Pour un hiver dans le Sud, un P30 suffit largement. Les gains annoncés varient selon les fabricants : prenez-les comme des ordres de grandeur.
De mon côté, j’achète des voiles assez basiques. De toute façon, ils ne font en général pas deux saisons : le soleil et le vent les abîment. Je les fixe avec des pinces à linge. Avec le mistral, mieux vaut qu’il soit bien tenu.
Quand poser le voile, et quand l’enlever
Je le pose en général début ou mi-novembre, quand les températures commencent à passer sous zéro la nuit. Je l’enlève vers fin mars.
Pour savoir quand ça va geler, j’utilise une application météo, Klara. Je la trouve très lisible : on voit d’un coup d’œil l’évolution du vent, des températures et de la pluie sur les jours qui viennent, ce qui me permet d’adapter mon jardinage. Son seul défaut, c’est qu’elle ne voit que deux ou trois jours devant, mais elle est en général plutôt fiable. Pour la température réelle dans le jardin, j’ai aussi ma station météo Netatmo.

Ce que je rentre plutôt que de le couvrir
Les plantes vraiment frileuses en pot, je ne les couvre pas : je les rentre. Je n’ai perdu aucune plante à cause du froid, mais je me suis déjà fait surprendre une fois. Le gel est arrivé un peu plus tôt que prévu, et mon dipladenia, resté dehors, n’a pas apprécié. Je l’ai rentré juste après. Il a perdu toutes ses feuilles, puis il est reparti au printemps.
Pour une plante frileuse en pot, mieux vaut donc la rentrer avant le premier gel annoncé, pas le lendemain.
Questions fréquentes
Quand mettre un voile d’hivernage dans le Sud ?
Quand les nuits commencent à passer sous zéro, en général début ou mi-novembre autour de Marseille. Pour les fleurs des fruitiers, on le ressort les nuits froides de mars et avril.
Faut-il enlever le voile d’hivernage dans la journée ?
Les fiches conseillent de l’enlever les belles journées pour aérer la plante, puis de le remettre avant la nuit si du gel est annoncé. Laissé en continu, il garde l’humidité.
Quel voile d’hivernage choisir, P17 ou P30 ?
P30 pour protéger une plante tout l’hiver, P17 pour un semis ou des fleurs au printemps. Le P30 gagne environ 3 à 4 °C, le P17 environ 2 °C.
Un voile d’hivernage protège-t-il de la pluie ?
Non, l’eau passe à travers. Pour un cactus ou une succulente en pot, il faut un abri contre la pluie en plus du voile.
À lire aussi : Paillage au jardin dans le Sud : ma méthode avec 3 types de paillis selon les zones, pour protéger les racines en plus du feuillage.
Pour la vue d’ensemble : le guide complet du jardin méditerranéen dans le Sud rassemble tous mes articles sur le sujet.
Sources consultées pour les parties documentées : Jardiner malin (hivernage du citronnier), Futura, Vvanat (voiles P17 et P30), Desert Tropicals, Tropical Britain (Parodia magnifica).