Devant ma terrasse, il y a une belle pelouse. En été, elle est en plein soleil et on n’y met plus les pieds de juin à septembre. Je voulais en faire un coin frais, à l’ombre, pour que les enfants puissent y jouer et qu’on puisse y faire la sieste ou lire. C’est pour ça que j’ai planté un mûrier platane au milieu de cette pelouse, le 5 novembre 2023.
Trois ans plus tard, l’ombre est encore assez timide et j’ai hâte qu’il en fasse vraiment. En attendant, j’ai appris pas mal de choses sur cet arbre : pourquoi le mien, censé être stérile, fait quand même quelques fruits, pourquoi j’ai retiré son palissage avant de le remettre, comment je le taille, et une question que je ne m’étais pas posée avant de planter, celle des racines.
Pour comparer le mûrier aux autres arbres d’ombrage (micocoulier, figuier, sophora), j’ai écrit un article sur l’arbre pour ombrager une terrasse dans le Sud. Ici, je parle uniquement du mûrier platane.

Mûrier platane stérile, mais avec quelques fruits : c’est normal ?
En jardinerie, on trouve des mûriers platanes fruitiers, qui donnent des mûres en quantité au début de l’été, et des mûriers dits stériles, vendus sous le nom Morus kagayamae ‘Fruitless’ ou « mûrier platane sans fruit ».
Le mien a été vendu comme stérile. Pourtant, il fait chaque année quelques petits fruits. Je pensais que ce n’était pas anormal, et c’est bien le cas : les variétés stériles sont presque stériles. La plupart des fleurs tombent avant de devenir des fruits, pas toutes. Les pépiniéristes le disent eux-mêmes : deux arbres vendus côte à côte peuvent se comporter différemment, l’un ne donnant presque rien, l’autre une petite récolte.

Les fruits du mûrier platane se mangent-ils ?
Oui. Mes parents ont quatre mûriers dans leur jardin, et j’ai mangé énormément de mûres quand j’étais gamin. J’adorais ça, mes tortues aussi. Les mûres bien mûres se mangent sans souci. On évite simplement les fruits encore verts, qui peuvent donner mal au ventre.
Chez mes parents, on voit bien l’inconvénient d’un mûrier fruitier : en saison, ce qui se trouve dessous est taché de violet, et les fruits attirent les guêpes et les oiseaux. C’est pour éviter ça que le stérile existe.
Pour ma part, je ne me suis pas soucié de savoir s’il était stérile ou pas. Il est planté dans la pelouse : au pire, les fruits tombent dans l’herbe et nourrissent les animaux du jardin. Au-dessus d’une terrasse, j’aurais réfléchi autrement.
Pourquoi je l’ai acheté déjà formé en parasol
Je l’ai payé environ 250 € chez Truffaut en 2023. Il faisait 2,30 m, et je l’ai pris avant tout parce qu’il était déjà palissé en parasol, sur un cadre en bambou qui tenait les branches à l’horizontale. Comme je le voulais uniquement pour l’ombre, ces années de formation déjà faites par le pépiniériste m’ont fait gagner du temps.
Les prix varient beaucoup selon la hauteur, la forme (simple tige ou parasol déjà formé) et le fait qu’il soit stérile ou non. Un arbre déjà formé coûte plus cher qu’un jeune sujet en tige, mais on saute l’étape la plus délicate.

Le palissage : je l’ai enlevé, puis je l’ai remis
Peu après la plantation, j’ai retiré le cadre en bambou. Le tronc était encore fin, on a parfois des vents violents, et j’avais peur que l’ensemble prenne trop le vent et que le tronc finisse par céder.
Au printemps suivant, je l’ai remis. Sans guide, les branches partaient dans tous les sens, surtout vers le haut, et c’est la seule solution que j’ai trouvée pour obtenir quelque chose qui ressemble à un parasol. Je compte garder les bambous le temps que les branches principales durcissent dans la bonne position, puis les enlever.
Si le vent vous inquiète aussi, plutôt que de supprimer le palissage, vérifiez que le tuteur est bien ancré et que les attaches ne serrent pas l’écorce. Je les contrôle après chaque gros coup de vent : une attache trop serrée finit par étrangler une branche qui grossit.
Trois ans de croissance, et une ombre encore timide
On lit partout que le mûrier platane pousse vite. Une fois installé, peut-être. La première année, il ne s’est presque rien passé : son tronc de 15 cm de circonférence n’a pas bougé, l’arbre faisait ses racines. La deuxième année, il a pris à peu près 1 cm de circonférence et les branches principales ont commencé à se structurer.
Ce qui m’a surpris, c’est qu’il ne grandit pas vraiment en hauteur. La base du parasol reste au même niveau d’une année sur l’autre. Ce qui pousse, ce sont des tiges qui partent à la verticale depuis les branches principales, et je les coupe en fin de saison. L’ombre gagne donc en largeur et en densité, pas en hauteur.
Laissé libre, un mûrier platane stérile atteint en général 5 à 8 m de haut pour 4 à 6 m d’envergure. Conduit en parasol, il reste bien plus bas, ce qui me va très bien au-dessus d’une pelouse.
Pour avoir une ombre partielle, il faut compter 3 à 4 ans. Au bout de trois saisons, le mien ombrage une petite surface aux heures chaudes, pas encore de quoi y installer une chaise longue. En attendant, une voile d’ombrage peut faire la transition : je compare les solutions dans mon article sur l’ombrage d’une terrasse plein sud.
Taille du mûrier platane en parasol
Pour l’instant, je l’ai taillé timidement. J’enlève les branches parasites qui viennent croiser les branches principales, et quand plusieurs branches partent dans la même direction pour faire le même travail, j’en garde une seule. À l’automne, je coupe les tiges qui montent à la verticale, pour que l’arbre pousse en largeur.

Quand tailler un mûrier platane ?
La période conseillée, c’est le repos végétatif : après la chute des feuilles, de mi-novembre à février. Je taille à l’automne, donc je vise novembre, une fois toutes les feuilles tombées. Par contre, jamais en mars-avril : la sève remonte, et un mûrier taillé à ce moment-là « pleure » pendant des semaines, ce qui l’affaiblit.
Plus tard, la taille en tête de chat
Quand la charpente est formée, la taille classique consiste à couper chaque hiver toutes les pousses de l’année à 1 ou 2 cm de leur base, au bout des branches principales. Coupées toujours au même endroit, ces extrémités forment des bosses arrondies, les fameuses « têtes de chat ». En hiver, l’arbre a l’air massacré, mais c’est ce qui lui fait produire au printemps les longues pousses qui feront le parasol de l’été.
Mes branches principales ne sont pas encore assez longues pour ça. Je continue la taille douce avec le palissage, et je passerai à la tête de chat quand le parasol couvrira la surface que je veux.
Racines du mûrier platane : la question que je ne m’étais pas posée
Avant de planter, je ne me suis pas inquiété des racines. Pour moi, le mûrier n’était pas un arbre à problème de ce côté-là. En préparant cet article, j’ai vu que c’était plus nuancé.
Ses racines sont traçantes et superficielles : la plupart restent dans les 40 à 60 premiers centimètres du sol et s’étalent loin, au-delà de la couronne. Avec les années, elles peuvent soulever une dalle, une allée ou un muret. La distance généralement conseillée est de 5 à 6 m minimum entre le tronc et une maison, une terrasse dallée ou une allée.

Le mien est à 2-3 m de la terrasse. Et dans ce rayon de 5-6 m passe aussi l’arrosage automatique enterré de la pelouse. Des racines de surface qui cherchent l’eau et des tuyaux enterrés qui en transportent, ça ne fait pas bon ménage.
L’arrosage enterré : une zone qui sèche alors que le programme n’a pas changé, une buse qui sort mal, une baisse de pression près de l’arbre. Ce sont les premiers signes qu’une racine gêne un tuyau.
Je n’ai pas trouvé de source sérieuse qui dise dans quelle mesure la taille en parasol limite les racines. Je ne compte donc pas là-dessus et je surveille.
Si vous n’avez pas encore planté, faites mieux que moi : gardez 5-6 m par rapport aux surfaces dures, et respectez la distance légale de 2 m avec la limite du voisin pour un arbre de plus de 2 m de haut.
Arrosage et maladies
Les deux premières années, un jeune arbre doit être suivi le temps qu’il s’installe. Le mien n’a eu que l’arrosage de la pelouse, y compris pendant la canicule de cet été. Au bout de trois ans, je pense qu’il est bien installé : aucun signe de souffrance, pas de feuilles qui jaunissent ou qui tombent en plein été.
Le mûrier platane supporte bien la chaleur et, une fois établi, la sécheresse. Dans un jardin sans arrosage automatique, il faudra en revanche l’arroser en profondeur pendant ses premiers étés.
Maladies et parasites du mûrier platane
Je n’ai rien vu en trois ans : ni taches, ni feuilles jaunies, ni insectes. D’après mes lectures, voici ce qui peut le toucher :
- La bactériose : des taches anguleuses brun-noir sur les feuilles et des jeunes rameaux qui noircissent, surtout quand le printemps est frais et humide.
- L’anthracnose : des taches brunes irrégulières, et des feuilles qui tombent trop tôt.
- L’oïdium : un voile blanc poudreux sur les feuilles en fin d’été.
- Les cochenilles : des amas blanchâtres ou bruns sur les rameaux. Leur miellat favorise la fumagine, un dépôt noir sur les feuilles. Le savon noir marche contre elles comme contre les pucerons.
Pour prévenir tout ça, une ramure aérée aide beaucoup (la taille en parasol s’en charge), et on arrose au pied plutôt que sur le feuillage.
Que faire des feuilles du mûrier platane à l’automne ?
Il perd ses feuilles presque d’un coup : chez moi, ça s’étale sur deux ou trois semaines. C’est l’intérêt d’un arbre caduc dans le Sud, de l’ombre l’été et du soleil l’hiver.
Les feuilles sont trop grosses pour servir de paillage : elles s’envolent au premier coup de vent ou étouffent ce qu’elles recouvrent. Je les mets au compost, en couches fines, mélangées à des matières plus humides. Avec un broyeur, elles se décomposent beaucoup plus vite.
Questions fréquentes
Un mûrier platane stérile peut-il faire des fruits ?
Oui, quelques-uns. Les variétés stériles sont presque stériles : la plupart des fleurs tombent avant de devenir des fruits, pas toutes.
Les fruits du mûrier platane sont-ils comestibles ?
Oui, les mûres bien mûres se mangent. Évitez les fruits verts. Leur inconvénient est surtout pratique : ils tachent les dalles et attirent guêpes et oiseaux.
À quelle distance de la maison planter un mûrier platane ?
On conseille en général 5 à 6 m minimum d’une maison, d’une terrasse dallée ou d’une allée, parce que ses racines sont traçantes et superficielles. Il faut aussi respecter 2 m par rapport à la limite du voisin pour un arbre de plus de 2 m.
Quand tailler un mûrier platane ?
Après la chute des feuilles, de mi-novembre à février. Jamais en mars-avril, quand la sève remonte.
Combien de temps avant qu’un mûrier platane fasse de l’ombre ?
Comptez 3 à 4 ans pour une ombre partielle. Le mien, planté en novembre 2023 déjà formé en parasol, commence tout juste à ombrager une petite surface.
À lire aussi : Arbre pour ombrager une terrasse dans le Sud : lequel choisir et à quoi s’attendre, où je compare le mûrier au micocoulier, au figuier et au sophora.
Pour la vue d’ensemble : le guide complet du jardin méditerranéen dans le Sud rassemble tous mes articles sur le sujet.
Sources consultées pour les parties documentées : Pépinières Rouxel, Autonomie Jardin, Ma Pépinière.