Dans le Sud, l’olivier est partout. Dans les jardins, le long des routes, sur les terrasses — c’est l’arbre méditerranéen par excellence. J’en ai 7 à Auriol, entre 5 et 50 ans d’âge, et j’ai appris à les tailler au fil des saisons. Pas de théorie abstraite ici : ce que je vais vous expliquer, c’est ce que je fais concrètement, avec quel outil, et pourquoi.
La taille de l’olivier est souvent mal comprise. On hésite — peur de mal faire, peur de couper trop, peur de trop peu. En réalité, l’olivier est un arbre robuste qui supporte bien une taille franche. Ce qui l’abîme, c’est l’abandon : un olivier qu’on ne taille jamais finit dense, sombre, peu productif.

Pourquoi la taille de l’olivier est différente dans le Sud
Dans le Nord, l’olivier est une plante d’ornement fragile qu’on bichonne. Dans le Sud, c’est un arbre de pleine terre qui pousse vigoureusement dès le printemps. La chaleur et le soleil intense accélèrent la croissance et densifient le feuillage bien plus rapidement qu’en zone tempérée. Un arbre non taillé deux ou trois ans dans les Bouches-du-Rhône peut devenir une masse compacte où la lumière ne pénètre plus au centre.
L’enjeu de la taille dans notre climat est double : aérer la canopée pour que la lumière atteigne toutes les branches, et maîtriser le développement en hauteur pour que l’arbre reste accessible et homogène. Un olivier bien taillé pousse mieux, fructifie mieux, et résiste mieux aux maladies fongiques favorisées par l’humidité stagnante dans un feuillage trop dense.
Quand tailler : avril dans le Sud, pas avant
La période idéale pour tailler un olivier dans le Sud, c’est avril. Pas mars, pas mai — avril.
Pourquoi pas mars ? Parce que les gelées tardives sont encore possibles dans les Bouches-du-Rhône jusqu’en fin mars. Une taille expose des plaies fraîches sur le bois — si le gel intervient juste après, il peut abîmer les tissus mis à nu. En attendant avril, on s’assure que les dernières gelées sont derrière nous.
Pourquoi pas mai ? Parce que la végétation reprend fort à partir de la mi-avril. En mai, la pousse est déjà bien engagée — les bourgeons sont sortis, la sève circule activement. Tailler à ce moment, c’est couper de l’énergie déjà dépensée par l’arbre pour pousser. En avril, on intervient juste avant la reprise active : l’arbre va cicatriser vite et orienter sa nouvelle poussée exactement là où on le souhaite.
Règle pratique : dans le Sud, taillez vos oliviers en avril, après les Saints de glace locaux et avant que les jeunes pousses mesurent plus de 5 cm. C’est la fenêtre idéale. C’est aussi le bon moment pour épandre l’engrais annuel au pied de chaque arbre.
Les deux types de taille selon l’âge de l’arbre
Je gère 7 oliviers d’âges très différents — les plus jeunes ont 5 ans, les plus vieux une cinquantaine d’années. La taille n’est pas la même selon l’âge et l’état de l’arbre. Il y a deux situations distinctes.
La taille de formation — pour les jeunes oliviers
Sur un jeune olivier (moins de 10-15 ans), l’objectif est de construire une charpente solide et aérée. On ne cherche pas encore à maîtriser une silhouette existante — on la construit. La règle de base : choisir 3 à 4 charpentières bien réparties en azimut autour du tronc, supprimer toutes les autres branches concurrentes, et éliminer les gourmands qui partent du tronc ou de la base.
Sur mes jeunes oliviers, la taille de formation est légère chaque année. On enlève peu de matière à chaque fois, mais on oriente la structure. C’est un travail de patience qui donne un résultat bien meilleur à long terme qu’un arbre laissé pousser librement pendant 10 ans puis taillé brutalement.
La taille d’entretien — pour les oliviers établis
Sur les oliviers adultes — disons à partir de 15-20 ans — la taille d’entretien a pour objectif de maintenir l’équilibre de la silhouette et la clarté de la canopée. Concrètement, je cherche à éliminer chaque année :
- Les branches qui se croisent ou frottent l’une contre l’autre
- Les branches qui poussent vers l’intérieur de la canopée en réduisant la lumière
- Les gourmands vigoureux qui montent verticalement depuis les charpentières
- Les rameaux morts ou faibles qui ne produiront rien
L’objectif final : qu’un oiseau puisse traverser la canopée sans se cogner. C’est l’image que j’ai en tête quand je taille. Un olivier bien entretenu a un centre dégagé, avec de la lumière partout.

La taille sévère : quand la décider et comment s’y prendre
Sur plusieurs de mes oliviers adultes, j’ai dû intervenir avec une taille sévère. Ce n’est pas une décision à prendre à la légère, mais ce n’est pas non plus dramatique — l’olivier supporte très bien ce type d’intervention.
Les signaux qui déclenchent une taille sévère
Je décide une taille sévère quand je constate deux choses qui se cumulent : des branches qui se croisent en grand nombre, et surtout un centre de canopée qui ne reçoit plus de lumière. Quand je regarde l’arbre de dessous et que je vois un plafond dense sans trouées, c’est trop tard pour une taille d’entretien légère. Il faut repartir plus fort.
L’autre signal : un olivier qui n’a pas été taillé depuis plusieurs années et qui a développé des branches secondaires dans tous les sens. Sur les arbres anciens repris depuis l’abandon, la taille sévère est souvent la première intervention — on repart d’une structure saine.
Comment procéder
La taille sévère, c’est enlever significativement de la matière — parfois un tiers à la moitié du volume de la canopée. Voici comment je procède :
- Je commence par identifier les charpentières à conserver — les branches principales qui forment la structure de base de l’arbre. Je les garde toutes, même si elles me semblent trop grosses ou mal positionnées.
- J’élimine en priorité les branches qui se croisent, en coupant celle qui gêne le plus ou qui est la moins bien orientée.
- Je dégage systématiquement le centre en supprimant toutes les branches qui poussent vers l’intérieur.
- Je raccourcis les branches trop longues qui alourdissent la charpente ou déséquilibrent la silhouette — toujours en coupant juste au-dessus d’un nœud ou d’une fourche.
- Je supprime les gourmands à ras, sans laisser de chicot.
Règle des coupes : coupez toujours en biseau, légèrement au-dessus d’un bourgeon ou d’une fourche. Évitez les chicots — ils se nécrosent et deviennent des portes d’entrée pour les maladies. Pas besoin de mastic cicatrisant sur les coupes propres : l’olivier cicatrise bien naturellement.
La reprise après taille sévère
Sur mes oliviers, la reprise après taille sévère est rapide. Dès les premières semaines qui suivent, de nombreux gourmands apparaissent sur les branches et le tronc — c’est une réaction normale de l’arbre qui cherche à reconstituer son volume foliaire. Il faut intervenir sur ces gourmands : éliminer les plus mal placés rapidement, et ne conserver que ceux qui pourraient contribuer à une belle nouvelle structure.
La première saison après une taille sévère, la production de fruits est réduite — c’est logique, on a enlevé beaucoup de bois qui portait des fruits. Mais dès la deuxième année, avec une charpente assainie et de la lumière partout, la production reprend souvent mieux qu’avant.
Les outils : Felco 2 et scie Fiskars, le bon duo

Pour tailler mes oliviers, j’utilise deux outils seulement.
Le sécateur Felco 2 pour tout ce qui fait moins de 2 cm de diamètre. C’est le sécateur professionnel de référence — lames en acier forgé, réglage du jeu possible, pièces détachées disponibles. Il coupe net sans effort sur les rameaux, les petites branches, les gourmands. Un outil qu’on achète une fois et qu’on garde 20 ans si on l’entretient.
La scie d’élagage Fiskars au-delà de 2 cm. Dès qu’une branche dépasse ce diamètre, le sécateur n’est plus l’outil adapté — la coupe devient imprécise et on force inutilement. La scie Fiskars coupe en tirant, ce qui donne un bon contrôle et une coupe propre même sur des branches épaisses. Je l’utilise sans hésitation dès que j’attaque les charpentières ou les grosses branches secondaires.
Un troisième outil utile en complément : une broyeuse de branches pour valoriser les rameaux taillés. Tous les rameaux fins qui sortent de mes oliviers passent dans mon Ryobi 3000W — le broyat obtenu finit en paillage au pied des massifs. Zéro déchet, zéro trajet en déchetterie.
Ce qu’il ne faut pas faire
Quelques erreurs classiques que j’ai observées ou faites moi-même :
- Tailler en été sous forte chaleur. Une taille importante en juillet-août stresse l’arbre au pire moment. Les plaies cicatrisent mal sous la chaleur intense et l’arbre mobilise de l’énergie pour se défendre au lieu de fructifier. Réservez la taille à avril.
- Laisser des chicots. Un chicot — un bout de branche coupée trop loin du nœud — ne cicatrise pas. Il se nécrose, favorise les pourritures et les insectes. Coupez toujours ras, au bon endroit.
- Tailler trop peu par peur de mal faire. Un olivier qu’on ne taille qu’à moitié parce qu’on hésite à couper n’est pas vraiment aéré. Mieux vaut une taille franche et bien conduite qu’une taille timide inefficace. L’olivier pardonne les coupes courageuses.
- Confondre gourmand et charpentière. Un gourmand est une pousse vigoureuse et verticale qui part sur le tronc ou les grosses branches — il faut l’éliminer rapidement. Une charpentière est une branche structurelle de l’arbre — elle se conserve. La confusion mène à supprimer de bonnes branches et à conserver des pousses parasites.
Récapitulatif : quelle taille selon la situation ?
| Situation | Type de taille | Objectif | Période |
|---|---|---|---|
| Jeune olivier (< 15 ans) | Taille de formation | Construire 3-4 charpentières équilibrées | Avril |
| Olivier adulte entretenu | Taille d’entretien | Éliminer croisements, gourmands, bois mort | Avril |
| Olivier trop dense, centre sombre | Taille sévère | Rouvrir la canopée, repartir sur une charpente saine | Avril |
| Olivier non taillé depuis des années | Taille de reprise | Remettre en structure sur 2-3 saisons | Avril |
Questions fréquentes
Peut-on tailler un olivier en automne ?
C’est déconseillé dans le Sud pour une taille significative. En automne, l’arbre entre en repos végétatif mais les premières gelées approchent — les plaies fraîches sont vulnérables au gel. Pour un léger nettoyage (suppression de gourmands, de branches mortes), une intervention légère en automne ne pose pas de problème. Pour une taille de fond, attendez avril.
Un olivier taillé sévèrement peut-il mourir ?
C’est extrêmement rare sur un olivier sain. L’olivier est l’un des arbres les plus résistants qui soient — il peut être coupé au ras du sol et rejeter vigoureusement depuis la souche. Une taille sévère bien conduite en avril, sur un arbre en bonne santé, est suivie d’une reprise rapide. Le risque est bien plus grand d’un abandon que d’une taille franche.
Faut-il désinfecter les outils entre deux arbres ?
Oui — surtout si vous taillez des oliviers dans différentes zones ou si certains présentent des signes de maladie. Un chiffon imbibé d’alcool ou de javel diluée suffit pour désinfecter les lames entre deux arbres. Le Felco 2 se nettoie facilement grâce à ses lames amovibles.
Combien de fois par an faut-il tailler un olivier ?
Une taille par an en avril suffit pour un olivier bien suivi. Sur les oliviers jeunes en formation, je peux intervenir légèrement une deuxième fois en été pour supprimer les gourmands les plus vigoureux avant qu’ils ne lignifient trop. Mais la taille principale reste une fois par an.
Peut-on tailler un olivier trop haut pour le rabaisser ?
Oui — c’est ce qu’on appelle un recépage partiel. On coupe les branches principales à la hauteur souhaitée, juste au-dessus d’une fourche ou d’un bourgeon. L’arbre repart depuis les points de coupe avec de nouvelles pousses. Sur un olivier adulte, cette opération donne de bons résultats dès la saison suivante. Faites-le en avril, pas en été.
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