Il existe deux façons d’hiverner une piscine : l’hivernage actif et l’hivernage passif. L’hivernage actif maintient une filtration réduite tout l’hiver. L’hivernage passif arrête tout complètement : filtration coupée, électrolyseur arrêté, équipements protégés pour plusieurs mois.
Dans le Sud de la France, l’hivernage passif est souvent suffisant. Les hivers sont doux, le gel prolongé rare, et les températures nocturnes descendent rarement en dessous de -5°C. Voici ma méthode, peaufinée saison après saison, avec quelques détails que la plupart des guides omettent.
Pourquoi j’hiverne en novembre et pas avant
Certains guides conseillent d’hiverner dès octobre. Dans le Sud, c’est trop tôt. L’eau est encore à 20-22°C en octobre — une température idéale pour le développement des algues. J’attends novembre. La température de l’eau est redescendue autour de 15°C, les algues se développent beaucoup plus lentement, et l’hivernage passif peut fonctionner sans risque.
Étape 1 — Nettoyage complet et traitement choc
Avant de tout fermer, je passe l’aspirateur sur le fond, je brosse les parois, je nettoie le filtre à sable. Je fais ensuite un traitement choc au chlore — quelques heures de filtration après le choc pour bien diffuser le produit dans tout le volume d’eau. Je vérifie le pH avant le choc : un pH dans la plage 7,2-7,4 garantit une efficacité maximale du chlore.
J’ajoute un produit anti-algues hivernage — spécialement formulé pour agir lentement sur plusieurs mois. C’est le seul produit que j’utilise à l’hivernage.
Étape 2 — Baisse du niveau et bouchons d’hivernage
Je baisse le niveau de l’eau en dessous des skimmers et de la prise balai. Pour baisser le niveau, j’utilise une pompe de vidange externe — pas la pompe de filtration. Je récupère l’eau dans des réservoirs plutôt que de la rejeter à l’égout — cette eau est parfaitement utilisable pour l’arrosage du jardin à l’automne et au printemps.
Une fois le niveau abaissé, je pose les bouchons d’hivernage sur les skimmers et la prise balai. Je démonte également les buses de refoulement et je les bouche.
Étape 3 — Entretien de la cellule d’électrolyseur
À chaque hivernage, je fais tremper la cellule dans du vinaigre blanc pur pendant plusieurs heures — parfois toute une nuit si l’entartrage est important. Le vinaigre dissout le calcaire sans agresser les plaques. La cellule est ensuite rangée à l’abri pour l’hiver.
2. La plonger dans un récipient de vinaigre blanc pur (pas dilué)
3. Laisser tremper 4 à 12 heures selon l’entartrage
4. Un léger bouillonnement est normal
5. Rincer abondamment à l’eau claire
6. Sécher et ranger à l’abri jusqu’au printemps

Étape 4 — Conservation de la sonde pH
C’est le détail que presque personne ne mentionne. La sonde de pH d’un régulateur automatique est un capteur électrochimique fragile. Son bulbe de verre doit rester humide en permanence — si ce bulbe sèche, la sonde se dérèglera définitivement. Une sonde de qualité coûte entre 80 et 200€.
À l’hivernage, je la plonge dans une solution tampon à pH7 — disponible séparément ou vendue avec la plupart des sondes — et je la laisse ainsi jusqu’au printemps.
Ne jamais stocker dans de l’eau distillée — elle extrait les ions du bulbe et le dégrade.
Ne jamais frotter le bulbe — la membrane est extrêmement fragile.
Ne jamais stocker dans de l’eau de piscine — le chlore dégrade le bulbe sur le long terme.

Étape 5 — Arrêt de la filtration et pose de la bâche
La filtration est coupée complètement — disjoncteur de la pompe coupé, pas de minuterie. En hivernage passif, la filtration ne sert à rien et consomme inutilement.
J’utilise ma bâche de sécurité classique — la même avec laquelle je ferme la piscine chaque soir en été. Elle suffit à protéger l’eau des feuilles, de la pluie directe et des poussières. Je ne pose pas de gizzmos ni de flotteurs d’hivernage — dans les Bouches-du-Rhône, les niveaux de gel ne justifient pas cet équipement.
Ce qui m’attend au printemps
Après un hiver de pluies méditerranéennes, la piscine s’est remplie progressivement. Cette eau de pluie a dilué la concentration en sel — la première chose à faire à l’ouverture est de mesurer le taux de sel et d’en rajouter si nécessaire avant de relancer l’électrolyseur.
Le pH sera généralement bas — l’eau de pluie est naturellement acide. Je ne me précipite pas sur le pH+ : il va remonter naturellement en quelques jours dès que la filtration repart et que les buses sont orientées vers le haut pour favoriser le dégazage du CO₂.
2. Remettre les buses et les skimmers en place
3. Remettre la cellule d’électrolyseur
4. Calibrer la sonde pH avec les solutions étalon
5. Remettre la filtration en marche
6. Mesurer le taux de sel — compléter si nécessaire
7. Laisser filtrer 24h, puis mesurer pH, chlore et TAC
8. Faire un traitement choc si l’eau est trouble ou colorée
9. Attendre que le chlore redescende sous 3 mg/L avant la baignade
Questions fréquentes
Peut-on faire un hivernage passif si les températures descendent sous -5°C la nuit ?
En dessous de -5°C prolongé, le risque de gel dans les conduits augmente. Dans ce cas, les bouchons d’hivernage sur les skimmers et les buses sont indispensables — ce sont eux qui protègent les canalisations. Si vous êtes en zone d’altitude dans les Bouches-du-Rhône (au-dessus de 400-500m), vérifiez les températures hivernales de votre secteur avant de choisir entre hivernage passif et actif.
Faut-il vraiment attendre novembre pour hiverner dans le Sud ?
Oui — c’est la leçon principale. Hiverner en octobre dans le Sud, quand l’eau est encore à 20°C, crée les conditions idéales pour que les algues prolifèrent sous la bâche pendant l’hiver. En novembre, l’eau est sous 15°C et le développement des algues est quasi stoppé. Une eau propre qui entre dans l’hivernage sort propre au printemps.
Doit-on impérativement utiliser un produit anti-algues d’hivernage ?
C’est fortement recommandé. Un anti-algues hivernage est formé pour agir à faible concentration sur plusieurs mois — il freine le développement des algues pendant toute la période de fermeture même sans filtration ni chlore actif. Sans ce produit, le risque de retrouver une eau verte au printemps est significativement plus élevé, même avec une eau bien équilibrée au départ.
Combien de temps faut-il pour ouvrir la piscine au printemps après un hivernage passif ?
En suivant la checklist : comptez une journée de travail pour les manipulations physiques (retrait bâche, remise en place des équipements, ajout de sel, lancement filtration). Puis 2 à 5 jours de filtration continue pour que l’eau se clarifie et que le pH se stabilise. Si l’hivernage a été bien fait en automne, l’eau est souvent à peine trouble à l’ouverture et retrouve sa limpidité rapidement.
À l’ouverture de printemps, le pH est souvent bas après les pluies hivernales. Avant d’ajouter du pH+, comprenez pourquoi le pH va remonter naturellement — et comment accélérer ce processus sans produit.
→ pH piscine : comprendre, mesurer et corriger sans se compliquer la vieGuide complet : Entretien de la piscine dans le Sud — le cycle annuel complet, chimie de l’eau, filtration, électrolyseur et hivernage passif.